Ma première prise de conscience

Publié le par Linou

Mon environnement conditionne mon sentiment intérieur. Comment prendre du recul et ouvrir les yeux?

 

Toute action entraîne une réaction. C'est basique, presque insipide. Mais pourtant, ma conscience n'en est qu'à ce stade!


Il me paraît évident que lorsque je lâche un objet, il tombe dans l'instant. C'est immédiat. Une force invisible que nous appellons "la gravité" joue son rôle. Je peux recommencer cela une infinité de fois... le résultat sera toujours le même. La gravité fait irrémédiablement son oeuvre. C'est une des règles immuable qui gouverne la matière.


Tout comme lorsque je me sens agressée, je mords. Quand je ne suis pas à l'aise, je deviens froide et distante. Quand je suis coincée dans les embouteillages, j'écume de rage. Quand je fais la file aux caisses, je trépigne.

Ma vie n'est remplie que de cela. Je passe par toutes les couleurs émotionnelles au fur et à mesure que ma journée défile. Ce qui se passe à l'extérieur de moi définit dans l'instant comment je suis à l'intérieur de moi.


Je suis comme prisonnière de cet état. J'essaye de me contenir, de prendre de la distance, de relativiser. C'est épuisant et cela me demande beaucoup d'énergie. Mon attention se focalise sur la situation gênante et ne peut s'en détacher. Je suis obnubilée. Si la situation perdure, la machine à émotion s'active et je sens mon corps qui se prépare à réagir.


Ce n'est que mon éducation qui me canalise et m'empêche de me mettre à hurler, taper des pieds ou insulter sans modération... Je me contente de ruminer, de piétiner ou de fuir.


De la même manière, quand je suis dans une ambiance apaisée, je me sens calme. Quand je rencontre quelqu'un qui me fait vibrer, je m'ouvre et m'enthousiasme. Quand je reçois un compliment, je me sens exister et je m'apprécie....


Je suis alors pleine d'énergie et prête à démarrer tous les projets qui attendent au fond de mon tiroir.


Parlons-en de ces projets. Ils font partie de mon système de fonctionnement action / réaction. Je souhaite acquérir quelque chose? N'ai-je pas jugé que je n'avais pas assez pour répondre à ma peur de manquer?

Ou bien, est-ce ma peur de ne pas être reconnue socialement qui me pousse à "toujours plus"?

Et ma peur de la solitude? Comment me pousse-t-elle à agir?

N'est-ce pas ma peur de l'existence ou ma peur de l'autre qui me mène par le bout du nez?


Je suis dans un état de conscience qui est finalement extrêmement primaire. Je ne suis pas une femme active. Je suis réactive. Les évènements extérieurs décident à ma place de mon état. Les autres me définissent. Mes peurs me manipulent.


Ma vie, ma réalité ne m'appartiennent pas. Elles sont la résultante de la somme de mes réactions. Je suis aspirée dans la spirale infernale du quotidien comme un simple fétu de paille au coeur de la tornade.


J'aime cette image du tourbillon de ma vie. Si je pousse plus loin la visualisation et que je remplace le fétu de paille par un petit animal emporté par le vent, je le vois tout crispé, dos rond, toutes griffes dehors. Les muscles des pattes contractés au maximum. Il est prêt à s'accrocher à tout ce qui pourra passer à sa portée, espérant trouver là un peu de réconfort. Il est stressé. Il ne comprend pas ce qui lui arrive.


Physiquement, je me sens comme cet animal en détresse. Le souffle court, le dos arrondit, les muscles raides. Tout comme le fait ma personnalité, mon corps cherche par tous les moyens à résister, à garder le contrôle, à se protéger des prochains coups qui pourraient se présenter.


Comment sortir de cet état?


En être conscient est le premier pas nécessaire pour trouver la sortie.


Je décide alors en conscience d'analyser ce qui fait mon quotidien.

Je cherche tout d'abord à définir dans l'instant, mon environnement immédiat. A quelle situation dois-je faire face maintenant?

Par exemple, je suis entrain de faire les courses. La "mécanique est bien huilée": je connais le magasin et j'enchaîne de rayon en rayon, méthodiquement. Je suis conscentrée pour ne rien oublier. Je me sens calme, posée. Je suis disponible d'esprit pour trouver l'attention nécessaire qui me permet d'envisager mes prochains repas et de prévoir mes achats en conséquence. Quand au bout d'une allée je suis freinée par deux couples de personnes agées qui discutent au beau milieu du passage. Visiblement ma venue les dérange. J'esquisse un "pardon, excusez-moi" réglementaire dans ce genre de situation. Rien n'y fait, ils ne semblent pas décidés à me laisser passer au beau milieu d'une phrase.


Il y a quelques temps, je ne me serais pas posé de questions. Je me serais manifestée avec plus ou moins d'agressivité. Je serais passée en l'espace de quelques secondes d'un état détentdu à un état de réprobation destabilisant.

Là, j'analyse! Pourquoi cette attitude de reproche? Si je les blâme, n'est-ce pas parce que je me sens impuissante face à eux?

Quel sentiment cette situation réveille-t-elle en moi? N'est-ce-pas de la colère? Je prends le temps de ressentir cette colère. Mes épaules se nouent. Mes pieds ne touchent plus le sol. Je suis comme aspirée par mes cerveaux en ébullition. Que d'énergie dépensée inutilement!


Cet "arrêt sur image" me permet de prendre conscience du ridicule de la scène. Je ne me laisse pas entraîner plus loin dans cette impasse. En me voyant dans cet état, ma colère tombe instantanément ce qui me permet de corriger immédiatement mon attitude.

Je me surpends à sourire et fais demi-tour pour rejoindre le rayon suivant. J'ai de nouveau le coeur léger et je remercie ces personnes de m'avoir permis de prendre conscience que rendre les autres ou les évènements responsables de mes problèmes m'empêche d'y faire face et d'y apporter les corrections nécessaires.

 

Il m'arrive souvent de tourner en rond parce que je me sens insatisfaite. C'est quand j'ai envie de quelque chose et que je ne réussit pas à le concrétiser.

J'étudie tous les moyens dont je dispose pour arriver à mon objectif. Je pose des actes. Un premier pas, puis un second. Mais je dois me rendre à l'évidebce que je n'arriverai pas à mes fins. Un simple refus, un compte en banque pas assez garni ou un rendez-vous annulé peut instantanément me faire tomber dans un état dépressif et instable. Je me sens seule au monde, abandonnée. Ce à quoi j'aspire n'arrivera jamais. Je n'y arriverai jamais....

 

Me voilà encore éloignée de mon calme intérieur et livrée aux évènements. Je baigne dans la tristesse.

Mon corps se recroqueville sur lui-même. Je me sens fatiguée. Mes jambes me pèsent. Je n'ai envie de voir personne. Je suis coupée de moi. Je me coupe du monde.

Alors je trouve ce post-it où j'ai écrit ces mots pour ne pas oublier: "Analyse ton instant pour repérer pourquoi et comment tu te laisses déstabiliser par ton environnement".

 

Je me vois recroquevillée sur moi-même pour un simple refus! Enroulée autour d'une idée fixe qui m'empêche d'avancer. Je suis butée sur ce que je crois être la seule manière de me sentir bien. Je réalise qu'il existe bien d'autres possibilités pour me sentir à l'aise et elles me sont accessibles dès maintenant.

Je cours me faire masser ou prendre un bain. Ma tristesse est partie. Je suis à nouveau calme et détendue.

 

Mais le plus souvent, l'action de mon environnement sur mon calme intérieur est beaucoup plus insidieux que cela.

 

Ce n'est pas une action a proprement parlé qui engendre une réaction. C'est l'enchevêtrement de circonstances.

 

Ma journée commence bien. Je suis détendue. Puis au fur et a mesure que je travaille je me sens de plus en plus tendue. Je suis destabilisée parce que dans mon quotidien les choses semblent plutôt tourner rond.

 

Qu'est-ce qui peut agir sur mon calme sans que je m'en aperçoive?

 

Cela me demande beaucoup plus d'introspection pour retrouver le moment où j'étais bien et le moment où j'ai basculé. Je ne peux plus analyser dans l'instant. Je m'aperçois à quel point il est difficile d'être lucide de mon état. A quel point il est difficile de ne pas se laisser entraîner par l'habitude du quotidien.

Alors, dès que je prends conscience que je me suis laissée entraînée dans le jeu de l'action et de la réaction, je note sur un petit carnet de quoi peut être fait la nature de ma réaction. Dès que j'ai un peu de temps, je reste en silence et j'analyse le déroulement de ma journée.

 

Aussi, je réussis de mieux en mieux à retrouver ce qui s'est passé. C'est souvent anodin, mais cela réveille en moi de vieux souvenirs que je pensais digérés.

 

A l'usage, je m'aperçois que les faits déclencheurs de ces réactions internes sont souvent du même type. Les ayant identifié, j'arrive de plus en plus souvent à les anticiper. Pouvant donner un sens à mes réactions, j'en deviens consciente quasi instantanément. J'apprécie dorénavant de ne plus avoir cette sensation de subir mes journées. Je me sens plus vivante. Plus posée. Je suis surtout moins fatiguée.

 

Quand je réagis par de l'anxiété, c'est souvent parce quelque chose me pousse à douter de mes facultés à "y arriver". C'est par exemple un patient qui ne semble pas être amélioré par des techniques de soin jusque là éprouvées. Cela peut-être une lettre des impôts qui m'informe qu'un montant conséquent me sera demandé le trimestre prochain pour régulariser l'année précédente. Ou tout simplement un patient en retard en raison du trafic. Il a a tout prix besoin d'aide et je sais que ma journée est loin d'être terminée. Mes rendez-vous suivants vont être bousculés.

 

Ces petites contrariétés usuelles me plongent dans un sentiment d'incertitude. Quand ce qui m'entoure me donne ce signal, je décime invariablement mon calme intérieu par de l'anxiété.

 

D'autres fois, tout m'indiffère. Je laise tomber des choses qui d'habitude me tiennent à coeur. Je vais me gaver de cochonneries  alors que je suis plutôt vigilante à la qualité de mes aliments. Ou bien je vais "larver" devant la télévision alors que le temps est splendide et qu'il est préférable pour ma santé d'aller me promener au parc. Je manque cruellement de cette impulsion "d'enthousiasme" qui d'habitude me fait avancer. Je laisse tomber mes bonnes résolutions. Elles sont même complètement sorties de ma tête. Je rumine. Je remets tout en question. J'en deviens même méfiante.

 

Dans quelle phase réactive me suis-je encore laissée embarquer? Si je fais un bref retour en arrière dans mon quotidien, je trouve toujours une situation où je me suis sentie impuissante. Impuissante à changer les choses, impuissante pour obtenir quelque chose. Cela peut aller de mon poids affiché ce matin sur la balance: toujours un peu trop élevé ou sans baisse significative. Au souvenir de ma soirée d'hier où je suis encore rentrée seule. Et sous prétexte qu'il m'est impossible d'obtenir ce qui me semble vital et indispensable, je me retrouve à m'interdire de profiter des autres bienfaits de l'existence. Je suis entrain de me piéger moi-même et de m'auto saboter.

 

Rien de tel que cette prise de conscience pour me redonner le calme et l'envie de prendre soin de moi!

 

C'est exactement comme quand je suis insatisfaite. Ce n'est que ma réaction au jugement que je porte sur moi et surtout l'intérêt que je donne au regard des autres sur moi. Je sabote ma sérénité intérieure en donnant encore le pouvoir à ce qui m'entoure.

 

A force de rester dans cet état de déception et de découragement, je laisse la porte ouverte à l'indécision. Cette indécision n'est qu'une réaction à ce qui m'entoure. Si j'hésite à faire un choix, c'est pour ménager ma peur de décevoir, ma peur de ne pas faire ce qu'il faut, ma peur d'être jugée, critiquée.... et pourquoi pas exclue. Je réagis par rapport à ce qui m'entoure et de facto, je me retrouve en rupture totale avec moi-même. Je me suis infidèle, je me nie.

 

Et c'est pourquoi je commence à tout remettre à plus tard. J'accumule les retards en tout genre. Je laisse la vie décider de mes priorités. Je n'agis pas, je réagis dans l'urgence. Ce n'est plus mon Etre qui oriente ma vie, mais les événements qui décident de mon chemin. Je suis coupée de ma capacité à réaliser ce à quoi j'aspire.

 

Ce qui vient renforcer ma déception et mon découragement provient indéniablement de mes attentes excessives envers les autres. Cette forme de perfectionnisme mal placé est la main qui me maintient la tête sous l'eau.

 

Plus je fais fausse route en me laissant partir dans ce mode réactif, lus je me sens lésée par la vie. Plus je deviens aigrie et de mauvaise humeur. J'ai tant donné et si peu reçu.

 

Me voilà plongée en pleine rancoeur envers la vie. Je suis maintenant coincée dans cette logique qui me montre ce qui me fait défaut. L'engrenage de l'apitoiement sur soi-même n'est pas loin. Je me sens exclue du bonheur. Je ne suis pas loin de me définir une fois encore comme étant une victime de la vie.

 

Ce n'est que par le travail conscient d'analyse quotidien que je m'impose que je comprends maintenant que j'ai beaucoup donné, mais à mauvais escient. J'ai réagi aux situations qui se présentaient à moi en me niant. En me faisant passer en dernier. Je n'ai donné que des miettes à ma vie, ma vraie vie, celle qui m'apporte le calme et le bien-être. Comment grandir harmonieusement et s'épanouir quand on ne se nourrit que de miettes?

 

Sans ce travail conscient, je serais toujours dans la même confusion d'esprit qui m'empêche de donner un sens à ma vie et qui mine ma confiance en moi. Me sentant ainsi dépréciée, je serais de nouveau tombée dans la culpabilité. Cet horrible cercle vicieux aurait pu encore une fois m'enfermer. Car dès que la culpabilité existe en moi, je suis condamnée à agir en fonction des autres pour m'évertuer à leur plaire histoire de récupérer quelques miettes supplémentaires qui me permettront de tenir jusqu'au prochain repas.

 

Cette première grande étape de compréhension me permet de poser des actes concrests dans ma réalité pour me sortir de cet engrenage morbide. Je deviens actrice de ma vie. Si par le jugement que je porte sur ce qui est extérieur à moi je disloque l'état de calme et de sérénité dans lequel je me sens bien, alors je prends la décision de refuser la voie du jugement.

Pour cela, je dénoue les fils de mon quotidien. En identifiant l'action. Je comprends la réaction. Il n'y a plus rien à juger! Cela est! Tout simplement.

 

A la lumière de ces éléments, je comprends le sens de la situation et je sais alors faire appel à mon imagination pour trouver la voie qui me maintient dans le calme.

 


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Publié dans DE VICTIME A VICTOIRE

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A
<br /> Mille mercis pour ce blog car c'est un sujet trop peu et mal connu. Je pense que l'on ne parle pas assez des conséquences désastreuses de la maltraitance psychique!<br /> Merci de partager ton vécu et de nous aider.<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Merci pour les encouragements! Les maltraitances psychiques sont malheureusement de plus en plus fréquentes et les bourreaux ne sont pas uniquement des PN. C'est pourquoi je vais essayer<br /> d'élargir le blog vers d'autres horizons, c'est à dire, donner des clés pour sortir de cette violence mentale.<br /> <br /> <br /> <br />