Ma seconde prise de conscience
Je suis flottante et réactive, emportée par les bourrasques du quotidien. Comment trouver un ancrage, un point d'appui pour pouvoir enfin poser mes actes?
Je sais maintenant que j'ai toujours le choix. Ma réponse à ce qui me vient de l'extérieur ne dépend que de moi. Si je prends le temps d'analyser ce que je ressens et ce qui me pousse à réagir, je peux aiguiser ma réponse et l'orienter en conscience vers une direction plus nourrissante. A chaque instant, je peux choisir d'être destabilisée ou de me recentrer dans mon état de calme. Le cumul de tous ces instants est mon quotidien.
Je connais bien la réalité de mon quotidien. Elle est extrêmement concrète. Si je devais en faire une description, je pourrais parler de ma maison, de ma voiture, de mon travail, de mes proches. Je pourrais également évoquer mes contrariétés et mes joies. C'est donc finalement tout ce qui se situe à l'extérieur de moi! Et donc, tout ce qui s'évertue à me maintenir par le jeu de l'action et de la réaction, dans un état éloigné du bien-être.
En revanche, si je me place à l'intérieur de moi, je suis bien sésemparée pour décrire la réalité de ce quotidien là. Il n'est conscient que par "bouffées de lucidité". Entre deux instants où je m'y place en conscience, que s'y passe-t-il?
Quand je suis calme et sereine, je me sens pleine d'énergie. C'est ce qui me donne cette sensation de bien-être. C'est pendant ces moments là que j'entends le chant des oiseaux quand je marche dans la rue ou que je remarque le rayon de soleil qui donne une si jolie couleur sur le mur du salon. Je me sens en vie. Je sens la vie qui est au creux de la nature.
Quand je suis calme et sereine, je ressens à quel point j'évolue au sein d'un merveilleux programme naturel, rythmé par les saisons. Je suis moi-même influencée par ces saisons. Mais au coeur de cette belle chorégraphie, j'ai le choix. Le choix de rester dans cet état ou le choix de me laisser emporter par la bourrasque.
Et si je pars avec le vent, plus tard il me reposera sur le sol... où il le voudra. A nouveau je pourrais ressentir le calme qui est en moi. A nouveau je serai consciente de la vie animée qui existe au fond de moi, au fond de tout.
Je pourrais alors constater que pendant mon abscence, le calme a continué ... sans moi. La vie au sein de la nature, la vie au fond de moi ont continué d'être là, sans moi. Tout comme le soleil est toujours là, même quand je ne le vois pas car les nuages remplissent le ciel.
Quand je suis consciente de la vie qui pousse en moi, je sens que je me nourris pleinement. Quand je ne suis consciente que de la bourrasque qui m'entraîne, il ne me reste que quelques miettes pour me nourrir.
Pourtant, ma réalité n'est faite que de bourrasques avec parfois quelques moments où j'ai les pieds sur terre.
Je suis une femme réactive et flottante!
Je prends conscience que ma réalité est remplie d'instants où j'ai l'impression de vivre alors qu'en fait je suis parfaitement déconnectée de la vie qui jaillit en moi.
Je réalise que j'ai en moi une double vie.
Il y a ma "petite personne" qui surfe sur les bourrasques du quotidien et une personnalité beaucoup plus vaste, beaucoup moins tyrannique, qui est là, sans chichi ni lubie. Un être qui connaît ma vraie nature, mes aspirations les plus profondes. Mon Etre. Mon essentiel. Celui qui reste toujours le même, que l'on m'appelle par mon prénom ou par mon nom, que l'on me tutoie ou que l'on me vouvoie. Celui qui reste ce qu'il est, que je me présente comme thérapeute ou comme maman de ..., ou femme de ...., que je sois riche ou fauchée, que je sois bien habillée ou en loque, que je sois mince ou ronde.
De tout ce qui définit "ma petite personne", de tout ce qui la fait réagir, mon Etre semble se moquer. Cela ne l'atteint pas. En revanche, quand "ma petite personne" se trouve en phase avec mon Etre, avec ce que je suis vraiment, alors je me sens bien. N'est-ce pas cela le bien Etre?
Je dois apprendre à dissocier ce qui est mon moteur dans la vie. Je dois apprendre à reconnaître ce qui appartient à ma "petite personne" de ce qui appartient à mon Etre. Je désire que celui-ci s'exprime davantage dans ma réalité. Il ne demande qu'à prendre sa place dans ma vie. Il ne demande qu'à s'exprimer, qu'à être entendu dans ma réalité.
Pour cela je dois changer de programme de fonctionnement, changer de référentiel. Non seulement je dois quitter le cercle vicieux dans lequel s'enferme régulièrement ma "petite personne", mais je dois également savoir écouter la voie de mon Etre. Savoir entendre ce qui me rens calme, ce qui me permet d'être ouverte à la vie qui coule.
Mais comment entendre, comment me reconnecter à ce calme salvateur quand je sens mes pieds soulevés du sol par cette bourrasque?
Mon seul réflexe dans ces instants est de m'accrocher aux fils de la situation. Un courrier désagréable? Je n'ai pas encore tout lu que mon mental est entrain de construire la contre-attaque ... Un soucis dans la gestions de mon planning? Me voilà déjà plongée dans mon répertoire pour contacter mes clients. Je me lance alors dans le jeu effréné des chaises musicales où le dernier qui répond perd sa place! Une remarque déplacée de la part d'un proche et je rentre dans la valse de l'agitation mentale teintée de doutes et de ressentiments. S'égrène en moi le chapelet des horreurs et insultes en tout genre. Mon mental est alors au plus fort de sa concentration pour ne laisser s'exprimer au-delà de mes lèvres que ce qui reste "socialement" correct!
Dans ces moments là, il y a bien longtemps que le lien ténu qui me relie à mon calme intérieur s'est brisé.
Si je ne veux pas rester dans cette attitude flottante et réactive face à ma vie il me faut une béquille. Ou plutôt une bitte d'amarrage. Un point d'ancrage. Quelque chose d'assez fort pour m'éviter de partir au quart de tour en me larguant en chemin.
Il n'est évidemment pas question pour moi de fuir les bourrasques. Cela reviendrait à me couper du monde en vivant le plus possible dans un espace aseptisé. Je refuse de m'enfermer. Je refuse de me brider.
Je désire accéder en moi à un espace où je peux trouver la protection nécessaire. J'ai besoin d'un espace intérieur, facilement accessible où je sais me réfugier en cas de tempête. Un espace bien à moi où je peux reprendre des forces pendant l'orage. Une petite cabane au fond de mon jardin intérieur où je peux comme les enfants échapper un instant à la réalité. Un espace qui me donne un peu de répit pour trouver le temps nécessiare de me reconnecter à mon Etre.
Je ne dispose que de peu de place au fond de moi. Tout est plein! Ma tête explose. Mon mental est tendu au maximum. Mes émotions sont en ébullition. Que me reste-t-il?
Mon seul champ d'action disponible est ma respiration. Même quand j'écume, même quand mes jambes tremblent, même quand tout semble s'accélérer autour de moi, il me reste la possibilité de contrôler ma manière de respirer.
Je m'y emploie. En conscience et avec attention. Je m'entraîne au calme à diriger ma respiration. Je m'astreint à diriger ma respiration, à l'apprécier dans toutes ses dimensions. Aussi bien quantitativement que qualitativement.
Au fur et a mesure je mesure l'apaisement et le calme que cela suscite en moi. J'expérimente cette manière d'être présente à ma respiration dans toutes les situations qui se présentent dans ma vie. Je cherche à ne pas perdre le fil.
Je m'aperçois que par ce travail je suis plus calme, plus posée. Je parle moins. J'en ai moins besoin.
J'arrive maintenant à identifier les évènements qui ont tendance à me couper le souffle. Ceux qui font accélérer mon rythme respiratoire. Ceux qui au contraire me permettent d'accéder à une respiration plus lente et plus ample. J'ai trouvé un fil qui me permet de me maintenir présente à moi même. Contre toute attente, j'ai également trouvé par ma pratique respiratoire un baromètre me permettant d'évaluer la pression que l'extérieur applique à mon intérieur.
Je peux prévenir les "coups de pression". Les désamorcer avant qu'ils me fassent vaciller. Je peux enfin apprécier ce qui me fait réellement et profondément du bien. Ce qui me fait vibrer.
Progressivement j'identifie ce qui me fait vibrer. Je réalise que c'est ce qui représente mes valeurs individuelles.
Ainsi, je note que je me sens bien quand je passe du temps à écrire et à réfléchir sur le sens de la vie. Je note que je me sens bien quand j'agis pour me réaliser.
Je suis bien quand je travaille seule et que je ne suis pas contrainte dans mes horaires. Je suis bien quand je prends le temps. Quoique je fasse, j'ai besoin de pouvoir me "poser" pour être bien, sans être obligée de suivre le déplacement de la grande aiguille de ma montre.
Jusque là ma vie était tout l'inverse! Courir, toujours courir, toujours plus vite et surtout beaucoup de routine pour ne pas avoir à réfléchir.
Autant dire que je vis la vie d'une autre depuis des années! Une vie qui n'est pas à mon image intérieure. Une vie qui me mutile, qui m'interdit d'être. C'est par cette porte que mon pervers narcissique d'ex s'est introduit dans ma vie!
Mais j'ai appris à être efficace. J'ai appris à planifier, organiser, juger, rationaliser. J'ai appris à me lever tôt le matin en râlant pour travailler de telle heure à telle heure en ayant ainsi le sentiment du devoir accompli. J'ai appris à me nier pour plaire aux autres et me sentir admiser. J'ai également appris à réagir plutôt qu'à agir. C'est tout au long de ma vie que me "petite personne" s'est fortifiée, au point d'écraser mon Etre.
En prenant conscience de ce qui me fait vibrer, je réalise à quel point mes valeurs sont aux antipodes des valeurs que mes parents m'ont transmises. Ma "petite personne" a été façonnée par mon éducation. Découvrir qui je suis, découvrir mon Etre, me permet de m'individualiser par rapport à l'image de mes parents.
Je peux enfin tracer ma route. Choisir mon chemin. J'ai acquis l'aptitude à me poser ces questions fondamentales: Est-ce que cette situation, cette envie, cette cjose qui se présente, j'ai vraiment envie de les faire vivre en moi? Que puis-je modifier dans mon environnement pour être plus en harmonie avec ce qui me fait vibrer? Que puis-je lâcher maintenant? Quelle décision prendre, quel chemin choisir pour ne plus avoir à subir et prendre ma vie en main? Quelle est ma part de responsabilité quand je me sens agressée et pressurisée? Quelles sont les portes que j'ai laissées ouvertes en moi pour que ces courants d'air viennent tout balayer?